Aida, travailleuse sociale à Saint-Louis

Cela fait deux ans que Aida a rejoint l’équipe sénégalaise de Terres Rouges. Cette éducatrice spécialisée de formation est aujourd’hui travailleuse sociale dans l’équipe active à Saint-Louis, au Sénégal. Aida s’occupe principalement de la prise en charge psychosociale des personnes accueillies par les différentes institutions partenaires de notre association.

Cette jeune femme, toujours motivée à apprendre et à tirer les enseignements de chaque situation qu’elle rencontre, nous fait part des aspects positifs de son travail au quotidien, dans les institutions partenaires de Terres Rouges. En effet, pour elle, son travail au sein de l’association lui a permis de développer son sens de l’empathie envers les personnes plus vulnérables : « Lorsque la personne parle de son problème et que je suis face à elle, je compatis plus au problème de celle-ci ». Aida revient également sur l’évolution qu’elle a constaté dans son travail et son approche avec les enfants : « Je ne connaissais pas les droits des enfants, seulement leurs devoirs. Nous avons été éduqués selon l’idée que les enfants ont plus de devoirs que de droits », mais également sur l’évolution de sa position de neutralité dans ses interventions : « Au début, j’avais du mal à être neutre dans mon travail, car j’appartiens à une religion, une confrérie, une société. Lorsque j’avais un bénéficiaire en face de moi, s’il ne respectait pas ces croyances et normes, je sentais comme une violation de mes valeurs ». L’implication de Aida au sein de Terres Rouges a également eu un impact positif sur sa vie personnelle : « Depuis que je travaille pour Terres Rouges, j’ai l’impression d’être devenue plus mature dans les relations que j’ai avec mon mari, avec mes enfants et avec les autres ».

Aida

 

Lorsqu’elle aborde son travail au sein de Terres Rouges, Aida souligne que la psychologie prend une place plus ou moins grande en fonction des entretiens et relations avec les bénéficiaires des institutions. Cependant, il n’est pas toujours évident d’apporter une dimension psychologique dans sa pratique. Elle nous confie : «la psychologie n’est pas bien connue ici au Sénégal. C’est un réel biais lors de nos interventions. Même si l’on tente d’expliquer ce qu’est la psychologie et notre mode d’intervention, les gens ont du mal à le comprendre. Cela ne fait pas partie de notre culture de se rendre chez un psychologue. Autrefois la population se rendait chez les sages, les marabouts, ou se confiait à des adultes qui avaient de l’expérience. Lorsque quelqu’un a un problème dans la société, il se confie à une personne ressource de la famille, au chef de quartier, au marabout. De plus, au Sénégal, la formation de psychologue n’existe pas. Ce sont le plus souvent les éducateurs qui jouent le rôle de psychologue. Et à ce niveau, les éducateurs savent qu’ils sont limités. Certaines personnes ont des traumas qu’elles ne savent pas gérer seules ; comme les effets de la maltraitance, les victimes d’abus sexuels, des personnes désespérées à la recherche de quoi vivre, des personnes en situation de rupture familiale. Ce sont des cas que nous rencontrons souvent ici. Certains professionnels, ainsi que les parents, ignorent les conséquences que peuvent avoir un abus sexuel sur la vie quotidienne d’une personne. Des séquelles peuvent rester à vie, surtout lorsqu’elles ne sont pas prises en charge et travaillées. Le psychologue est alors là pour intervenir, afin que les conséquences de tels traumatismes puissent avoir un impact mineur sur le reste de la vie du patient».

Aida ajoute que les psychologues sont régulièrement confondus avec les médecins. Les bénéficiaires s’attendent très souvent à recevoir une aide matérielle, financière ou médicamenteuse après un entretien : « les gens pensent qu’après avoir eu un entretien avec le psychologue, ils vont pouvoir avoir une aide financière ou matérielle ou être accompagnés dans des structures qui répondront à leurs besoins. Je pense que la population n’a pas non plus l’habitude de venir se confier à un professionnel et ensuite repartir chez elle sans avoir rien reçu en retour. Lorsqu’une personne se rend chez le marabout, ce dernier parle beaucoup avec elle. A la fin de l’entrevue, le marabout donne quelque chose à la personne venue le consulter (souvent, il s’agit d’une fiole d’extraits de plantes), ce qui permet au patient de se rattacher à quelque chose de matériel. Cela permet de le rassurer et crée un effet placebo ».

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