Développer les ressources locales de Terres Rouges

Le financement de la Coopération au Développement a longtemps été basé sur un raisonnement très simple et plein de bon sens :

«  L’Europe jouit de moyens techniques et financiers considérables ; l’Afrique a des besoins énormes ; il est donc normal que l’Europe, qui soi-dit en passant, a largement puisé dans les ressources de l’Afrique pour asseoir sa propre prospérité, lui fournisse l’aide nécessaire pour faire face à ses innombrables défis »
Cette logique, légèrement teintée de paternalisme et de culpabilité hérités de l’époque coloniale, reste évidemment tout-à-fait fondée, tant le déséquilibre entre les deux continents est énorme. Sans compter d’ailleurs que de toute évidence, il est aussi de l’intérêt de l’Europe que la situation de l’Afrique s’améliore, ne fût-ce que pour mettre fin aux nombreux problèmes ainsi qu’aux drames humains causés par l’immigration clandestine dont nous sommes régulièrement les témoins horrifiés.
Cette conception du financement du développement de l’Afrique n’est d’ailleurs pas exclusivement l’apanage du monde occidental. Longtemps, beaucoup de pays, d’organisations et de responsables africains ont considéré comme tout à fait naturel que leur fonctionnement soit entièrement financé par des dons venant d’Europe ou des Etats Unis. Et nos responsables de Terres Rouges au Bénin et au Sénégal n’échappaient évidemment pas à cette vision.
Depuis plusieurs années néanmoins, nous pensons qu’à côté des dons provenant d’Europe, il est important que notre organisation parvienne également à trouver des sources de financement local en Afrique. L’idée n’est évidemment en aucun cas de mettre fin, ni même de réduire le support fourni depuis la Belgique, mais bien de l’amplifier localement, tout en aidant nos collaborateurs en Afrique à acquérir progressivement une plus grande autonomie.
C’est dans ce cadre que je me suis rendu à Cotonou en mai 2015, avec pour tâche de fournir des conseils au personnel local de Terres Rouges pour améliorer leur communication et leurs efforts en matière de récolte de financement. De retour de cette mission, il m’a semblé utile de souligner la performance remarquable réalisée l’an dernier à Cotonou par nos équipes en matière de fundraising, tout en remerciant par la même occasion le partenaire local qui l’a principalement rendue possible : la banque BGFI.

L’engagement à nos côtés de la Fondation BGFI Bank à Cotonou

Le groupe BGFIBank est un groupe financier de première importance en Afrique Centrale, implanté dans 10 pays dont le Bénin. Il possède en son sein une fondation lui permettant de contribuer au développement social de ses territoires d’implantation en s’engageant en faveur de projets d’intérêt général dans les domaines de l’éducation, la santé, l’environnement et la culture.

C’est dans ce cadre qu’en 2014, suite à des contacts à Cotonou, la Fondation BGFI Bank a concrétisé un engagement aux côtés de Terres Rouges par un don de 10 000 000 FCFA (15.000 €) au profit des enfants des rues au Bénin.
Cet engagement de la Fondation BGFI Bank à nos côtés a permis de réaliser toute une série de travaux et d’investissements résumés ci-dessous, dont on ne pourra jamais assez souligner l’impact positif qu’ils peuvent avoir dans la vie quotidienne des enfants.

Rénovation de la toiture du centre résidentiel

Le Centre résidentiel accueille les plus petits enfants,BGFI2 avec une capacité d’une cinquantaine de lits. Pendant la saison des pluies, les dortoirs étaient souvent inondés en raison de la mauvaise qualité de la toiture et d’ouvertures permettant l’entrée de moustiques. La toiture a été remplacée et des moustiquaires posées, offrant désormais des conditions favorables de sommeil et de santé aux enfants.

Après la toiture du dortoir, celle du hangar qui accueille la lessive communautaire a également été remplacée. Cette activité de socialisation permet de laver ensemble le linge et se déroule tous les mardis et samedis. Avant ces travaux, les enfants étaient exposés à la pluie et la chaleur. La toiture était également branlante… au point de risquer de leur tomber un jour sur la tête.

 

 

Fabrication de tables et bancs pour créer une seconde classe

BGFI1La plupart des enfants que nous accueillons nous arrivent déscolarisés. Certains, avec leurs parcours dans la rue, n’ont jamais été à l’école. C’est pourquoi nous avions depuis longtemps aménagé un local permettant chaque jour à une trentaine d’enfants de retrouver une chance de scolarisation. Depuis le début, nous ne disposions que d’une classe, n’offrant pas les meilleures conditions d’apprentissage et de réussite à chacun, en particulier parce que nos enfants sont de niveaux de scolarité très différents.

Par le financement de tables, bancs et tableaux noirs, les fonds BGFI ont collaboré à l’ouverture d’une seconde classe. De plus, la ventilation des deux classes a été réparée pour favoriser une bonne aération des locaux.

 

Construction de deux blocs sanitaires WC et réalisation de douches

Le dortoir de nuit est un espace d’hébergement, d’écoute et de suivi psychosocial qui accueille quotidiennement une trentaine d’adolescents. Les blocs sanitaires ainsi que les douches n’y offraient plus des conditions d’hygiène satisfaisantes. Le don de la Fondation BGFI a contribué à leur remplacement.

Réalisation d’un bureau au dortoir et embellissement du cadre.

Le dortoir de nuit est un bâtiment loué qui devait être amélioré pour plusieurs raisons:

Le nombre croissant d’enfants accueillis, passé d’une vingtaine à une trentaine par jour en quelques années.
Les espaces d’accueil des parents confondus avec les espaces de travail, ne permettant pas de garantir une intimité professionnelle dans nos contacts avec les enfants et leurs parents.
L’absence d’un bureau approprié pour des entretiens individuels ou des soins infirmiers. La rénovation en bureau d’une salle délabrée permet désormais de répondre à ces besoins.

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Achat de véhicules pour renforcer le travail avec les familles

Depuis 2014, Terres Rouges n’avait plus de véhicules pour assurer les demandes des enfants liées à leur famille. Le travail d’accompagnement psychosocial ne peut se faire sans l’implication des familles parce que la plupart des difficultés ayant conduit les enfants à la rue sont liées à leur parcours familial. Les enfants viennent de diverses régions du Bénin, ce qui requiert des moyens roulants pour joindre ces familles : voiture dans le cas d’enfants venant de loin ou moto pour ceux dont les familles sont proches. Ces moyens roulants sont indispensables si on veut restaurer les liens entre l’enfant et la famille, et un jour réaliser son retour auprès de ses parents. L’urgence thérapeutique liée au travail d’enquête sociale et à la prise en charge psychosociale des enfants impose l’achat de bons véhicules sécurisés et adaptés aux conditions de circulation locales.

Le don de la Fondation BGFI Bank nous a permis d’acquérir deux véhicules robustes : une voiture MITSUBISHI et une moto SANYA. L’arrivée de ces véhicules a suscité la joie de beaucoup d’enfants, qui espèrent retrouver leurs familles après des mois ou parfois des années de séparation.

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Travaux et aménagements divers

Outre les travaux d’infrastructure détaillés ci-dessus, le don de la BGFI a également permis une série de travaux tels que la fabrication de placards pour les dortoirs de nuit, la pose de carrelage dans la cuisine du centre résidentiel et l’amélioration de l’éclairage des centres, renforçant ainsi la sécurité des lieux.

En conclusion, le travail accompli à Cotonou avec l’aide de la Fondation BGFI Bank est une belle illustration du rôle important que peuvent avoir les institutions et acteurs locaux dans le financement de l’aide au développement.
D’autres entreprises se sont engagées à nos côtés depuis. Nous aurons l’occasion de les évoquer et de parler de leurs réalisations dans nos prochaines lettres d’information.
De toute évidence, le support de pays nantis restera encore longtemps et pour une part importante indispensable pour faire face aux innombrables besoins du continent africain. Mais l’émergence en Afrique de groupes et organisations économiques structurées et responsables telles que le groupe BGFI permet d’entrevoir une évolution positive dans ce domaine.

Eric Decroix, conseiller en communication de Terres Rouges
Juillet 2015

 

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