Interview de Marlène Fagla, responsable du Centre Résidentiel à Cotonou

« Je suis béninoise et je m’appelle Marlène FAGLA. Je suis Marlène 2psychologue clinicienne de formation, et je travaille dans l’association Terres Rouges : je suis responsable de l’équipe du centre résidentiel, chargée de communication et responsable de recherche de fonds au Bénin pour l’association ». Avec son diplôme de psychologue clinicienne en poche, Marlène a d’abord acquis de l’expérience de travail en milieu psychiatrique ainsi que dans des centres d’accueil et de protection de l’enfance, au Bénin. C’est aussi pendant ses études qu’elle a pu améliorer ses capacités de communication.

Marlène et Terres Rouges, c’est une histoire qui a commencé en 2008, par le biais d’un des responsables de centre d’accueil où elle avait effectué un stage : « L’administrateur-délégué de Terres Rouges avait rencontré un certain nombre de centre d’accompagnement d’enfants afin de parler du travail qu’entrevoyait de faire Terres Rouges et surtout du partenariat qui permettrait que Terres Rouges leur apporte un soutien sur les difficultés qu’ils rencontrent dans leur travail face aux problématiques qu’amènent les enfants. Mais pour avoir une équipe mobile qui aille soutenir des équipes éducatives sur le volet accompagnement psychologique des enfants, il faut des psychologues. Et il faut en recruter. C’est ainsi que ce responsable de structure d’accueil (Mr Alexandre DEGNON) m’a recommandé à Eric MESSENS, l’un des fondateurs et administrateur-délégué de Terres Rouges ».

Depuis avril 2009, Marlène est donc psychologue pour Terres Rouges. Elle se souvient des débuts de l’activité de l’association, où l’équipe était constituée de 3 psychologues cliniciens et formait « l’équipe mobile » : « Le travail consistait à aller dans des structures partenaires (à partir d’un partenariat établi sur le plan administratif et institutionnel) pour soutenir les équipes éducatives dans les réflexions sur des situations d’enfants qui leur étaient difficiles, donner de la formation et aussi faire du suivi psychologique en groupe et en individuel selon les problématiques et demandes ». Aujourd’hui, l’équipe Terres Rouges compte 25 travailleurs, répartis dans 3 structures différentes.

Marlène définit précisément son activité au sein de l’association : « Mon rôle est de renforcer et soutenir l’équipe à la réflexion clinique sur la situation particulière de chaque enfant, d’être garante de la construction du cadre institutionnel pour respecter la philosophie de Terres Rouges qui est l’intérêt à porter à la vie psychique de l’enfant, faire du suivi en individuel, co-construire avec l’équipe pour élaborer un plan d’accompagnement répondant aux demandes de chaque enfant ».

Marlène 1

Cette psychologue pose un regard très clair sur son métier, et sur sa position au sein de l’association. Elle est tout à fait consciente du profit qu’elle peut tirer en travaillant dans le secteur psycho-social, mais est également consciente des limites de son travail. « Avec chacun de ces enfants qui nous viennent avec leurs souffrances (et nous causent aussi parfois beaucoup de difficultés), nous apprenons. Nous les soignons, eux nous enseignent la vie de par leur riche parcours, aussi chaotique soit-il. Ce travail nous amène à réfléchir sur notre propre parcours et en améliorer des aspects. On apprend à mieux se connaître. Travailler dans une équipe pluridisciplinaire me permet aussi d’acquérir une autre façon de réfléchir. Ensemble, nous travaillons de manière constructive ».

La manifestation d’actes et de sentiments négatifs et violents à l’égard des travailleurs sociaux est parfois difficile à vivre : « Au fond, cette violence n’est pas contre la personne de Marlène, mais contre ce que Marlène représente pour l’enfant. Ce n’est pas facile à gérer de recevoir des coups d’un enfant qu’on essaie de soutenir. Cependant, quand on est motivé pour ce travail, qu’on comprend ce qui se joue au niveau de l’enfant et qu’on est soutenu par ses collègues, on peut plus facilement prendre du recul face à ces situations ».

De même, le travail mené par les équipes de Terres Rouges n’a jamais une issue définitive : « On ne sait pas à quoi va aboutir le travail d’accompagnement qu’on fait avec un enfant car tout ne dépend pas de nous. Cela dépend de l’enfant, de la société, de la famille et de nous comme leviers. Si le lien entre tous les acteurs n’est pas solide, un enfant avec qui on a beaucoup travaillé et qui a fort évolué peut régresser dans des comportements qu’il a pourtant dépassés. Cela cause une souffrance qu’on peut appeler la souffrance des soignants ou des aidants. On peut se fâcher contre l’enfant, on en veut à la famille, on se culpabilise, on n’est plus prêts à recommencer avec lui… On est mal.

Et pour aider à dépasser cette situation, Terre Rouges a bien notifié à ses travailleurs : « vous avez une obligation de moyens, mais pas obligation de résultats ». Ce qui veut dire qu’on doit faire tout ce qui est possible et tout ce qu’il y a à faire avec l’enfant. Si malgré tout, cela n’avance pas où s’il y a une régression, on n’a pas à se sentir coupable ».

Malgré les difficultés rencontrées dans son travail au quotidien, Marlène est capable de prendre du recul sur son travail, et sait apprécier chaque petite amélioration ou évolution chez les bénéficiaires, aussi minime soit-elle. Sa motivation et son entrain permettent de faire bouger les choses à Cotonou !

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