les marionnettes de Julie, éducatrice spécialisée

« J’ai eu beaucoup de difficultés à écrire ce texte, pourtant j’aime écrire et je le fais avec plaisir. Je n’arrivais pas à trouver les mots exacts pour décrire mon séjour à Cotonou. Il y a tellement de choses que les mots seuls ne peuvent pas retransmettre avec exactitude ».

Julie Hardy-Dreher a 19 ans, et entame sa deuxième année en éducation spécialisée. Elle a séjourné à Cotonou pendant un mois, durant lequel elle a animé un atelier de fabrication de marionnettes pour les enfants du Centre Résidentiel. Sa rencontre avec Terres Rouges a cependant eu lieu deux ans plus tôt. Elle nous raconte : « J’ai connu Terres Rouges en 2014, grâce à un projet organisé par mon école secondaire. L’aboutissement du projet nous a permis de passer 3 semaines au Bénin. L’année précédent notre voyage, une récolte de fonds a été organisée afin d’apporter notre soutien à Terres Rouges. Une fois sur place, nous avons passé quelques jours dans les différentes structures à Cotonou. Je suis restée 3 jours dans le centre résidentiel à Cadjehoun. Ce voyage a été pour moi une magnifique expérience qui m’a énormément apporté, fait réfléchir et a largement contribué à mon choix d’études. Et depuis que je suis rentrée du Bénin en 2014, je n’avais plus qu’une idée en tête : y retourner ».

Julie est donc restée en contact avec Terres Rouges (au Bénin et en Belgique) pendant 2 ans, en se tenant au courant des activités réalisées à Cotonou, en donnant un coup de main pour les événements et autres récoltes de fonds à Bruxelles, … Elle est également devenue membre adhérente de l’assemblée générale : « J’ai beaucoup de chance de connaitre l’association Terres Rouges, et ce pour plusieurs raisons. Mais notamment parce que j’adhère à ses principes de base. Terres Rouges se démarque de nombreuses autres associations caritatives. D’ailleurs, je ne suis pas partie « aider en Afrique », je suis partie découvrir le Bénin, et comme le travail qui fait sens pour moi est le travail social, c’est dans ce domaine que je me suis impliquée pendant mon voyage. J’ai beaucoup appris de cette expérience ».

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« Je tenais à retourner au Centre Résidentiel. J’ai vraiment eu un coup de cœur pour cet endroit et je voulais en voir plus, y passer plus du temps, prendre part au fonctionnement de cette structure pour apprendre de nouvelles façons de travailler (que je ne découvrirai sans doute jamais en restant en Belgique). En arrivant au CR, et avec l’accord des équipes, j’ai mis en place le projet de réaliser des marionnettes avec les enfants. Mon idée de base était que chaque enfant puisse réaliser sa propre marionnette. Mais je me suis vite rendu compte que cela serait compliqué d’un point de vue logistique ! Des groupes ont donc été formés, et selon les aptitudes des enfants, ceux-ci ont pu participer à une étape spécifique du processus de fabrication des marionnettes. Cela m’a permis de travailler avec des plus petits groupes, de pouvoir adapter l’atelier à chacun d’entre eux, et j’aimais l’idée d’avoir au final un plus petit nombre de marionnettes, mais pour lesquelles plusieurs enfants auraient contribué à leur réalisation. Cependant, cela a parfois été une difficulté pour eux de produire quelque chose avec leurs mains et de ne pas pouvoir le garder exclusivement, d’être obligé de partager le résultat final avec tous les enfants qui ont participé à l’élaboration de la marionnette ».

L’organisation des activités en petits groupes a permis à Julie de découvrir chaque enfant dans sa singularité, et de les découvrir sous un autre angle. Le temps passé avec chaque enfant est alors bénéfique et permet de prendre le temps d’approfondir des discussions : « L’ambiance en petits groupes est beaucoup plus paisible et détendue. Cela dit, j’ai tout de même eu du mal à maintenir un certain calme pendant les ateliers, surtout au début ! Mais en observant et questionnant les autres travailleurs du centre, et avec l’aide d’une volontaire psychomotricienne, nous avons réussi à ce que les séances se déroulent à chaque fois mieux. Les enfants font vraiment de belles choses, je suis à chaque fois un peu plus impressionnée et émerveillée ».

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Julie revient également sur quelques anecdotes de son séjour : « J’ai pu constater une réelle différence entre les enfants bénéficiaires de Terres Rouges et les autres. J’ai été encore une fois impressionnée par leur autonomie et leur débrouillardise à un âge si jeune. De par leur vécu, je les sentais très forts, et durs entre eux. Cela se ressentait d’ailleurs dans leurs attitudes et influençait l’ambiance qui était parfois très violente et agressive, tant verbalement que physiquement. Qui suis-je, moi qui n’ai pas vécu le quart de ce qu’ils ont pu subir, pour dire ou imposer quoi que ce soit ? J’avais parfois du mal à m’imposer. En discutant avec Marlène, psychologue clinicienne responsable du Centre Résidentiel, elle m’a permis de mieux comprendre le rôle des figures éducatrices de Terres Rouges ; les enfants ont besoin d’avoir des adultes qui se comportent comme des adultes avec eux. Des adultes qui posent un cadre, des limites, qui sont cohérents avec les règles qu’ils donnent et restent stables et respectueux, permet aux enfants de se reposer sur eux, et d’être des enfants tout simplement ».

Julie se souvient également que, malgré des situations parfois complexes à gérer, les enfants l’ont beaucoup fait rire durant ses journées de travail au Centre Résidentiel : « Vous les yovos (les blancs, dans le dialecte Fon), vous n’avez pas de gogo (les fesses, en Fon) ! » ou encore « Tata Julie, pourquoi tu n’as pas de cheveux en dessous des bras ? » sont autant de petites questions ou réflexions de la part des enfants qui mettent de la bonne humeur et une chouette ambiance dans le travail.
« Voyager a pris toute son importance pour moi cet été. Découvrir un autre pays apporte beaucoup, ouvre tellement de portes et de réflexions. Pour moi, si on veut vraiment découvrir un pays, il faut y vivre, et pouvoir s’imprégner de la culture. Pour rien au monde je n’échangerais les cinq semaines passées à Cotonou pour un safari ou une visite touristique du Bénin. En restant au même endroit, j’ai le sentiment d’avoir pu m’imprégner réellement de la culture béninoise, et j’ai adoré ça ».

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