« Marcher pour s’en sortir »

Du  1erau 10 juin dernier, 8 jeunes et 4 animateurs de Terres Rouges Bénin ont réalisé une belle expérience humaine avec les enfants de rue à Cotonou. Il s’agit d’un projet de marche intitulé « Marcher pour s’en sortir ».

Sur la route des pêches

Jean-Marc, Alphonse, Freddy, Jacob, Léon, Habib, Marius et Emmanuel accompagnés de leurs éducateurs, Armel, Hermann, King et Florent ont parcouru en 10 jours une boucle de 208 km à pied dont une grande partie par la plage.

Ils sont partis de Cotonou pour rejoindre Grand-Popo en traversant, tout au long de leurs parcours, de multiples villages qui les ont accueillis pour poser leurs bagages pour la nuit.
L’objectif de ce projet de marche était d’aider ces jeunes qui s’enlisent dans la rue et ne s’y  retrouvent plus, à sortir de la ville, du contexte quotidien, et à marcher…pour envisager des solutions pour le futur.

De manière plus symbolique, ce « faire chemin »  est envisagé dans ce projet comme une possibilité pour le jeune, en souffrance ou en difficultés dans la rue, de « faire des pas, de poser des actes ou des paroles » pour avancer sur son chemin de vie.
Les journées de marche s’organisaient autour de moments en solitaire face à soi-même, de rencontres individuelles entre le jeune et l’adulte mais aussi de rencontres collectives avec le groupe dans son ensemble.
La marche, les repas, les jeux, les rencontres avec les populations dans les villages, mais également les moments de joie, de colère, d’angoisse ou de sérénité sont autant d’éléments qui ont donné du sens à cette expérience et ont contribué à sa richesse.

Ce projet s’est avéré être un réel instrument de travail thérapeutique.
Les témoignages des jeunes, les actes posés, ainsi que les décisions de vie qui ont suivi le projet de marche en sont autant de preuves.

Freddy, Marius et Jean Marc ont entrepris une formation professionnelle alors que ceci leur avait toujours semblé impossible. Plus particulièrement, Jean Marc a pris la décision de retourner dans sa famille et de quitter la rue.
Tous les autres ont mûri dans leur regard sur la vie, dans leur corps mais aussi dans leur relation à l’autre.
L’équipe qui a participé à cette expérience a de son côté découvert ces jeunes autrement et a pu changer son regard à sur eux.
Même les jeunes qui n’ont pas pu participer à la marche ont fait chemin à leur manière.

A la demande des jeunes, le projet de marche sera réitéré l’année prochaine avec le même espoir que les premiers jeunes qui ont participé s’impliquent pour conduire ou aider d’autres jeunes à réfléchir sur leurs vies dans la rue.

Arrivée de toute l’équipe à Grand-Popo

Quelques témoignages de jeunes de la marche :

Jean Marc : « Avant au Dortoir de Nuit, tous les jours j’allais et revenais seulement  comme si rien ne se passait dans ma vie. Mais à la marche, je me suis senti proche des éducateurs et j’ai pu parler de choses dont n’avais jamais parlé auparavant. »

Jacob : « Je voulais devenir quelqu’un et la marche m’a offert l’espace de pouvoir le faire. Même si ce n’est pas encore pour aujourd’hui.  Ce que j’ai vécu par la marche est un héritage que je vais plus tard partager avec mes enfants et mes petits fils. »

Emmanuel : «  Avant je ne pouvais pas marcher seul sur une route en réfléchissant à moi-même. Cette fois-ci je l’ai fait et je n’en reviens pas. Cela m’a aidé pour une fois à m’interroger sur moi-même. En plus pour moi, la marche c’est aussi des découvertes à travers des villages. J’ai beaucoup aimé. »

Fulbert (surnom donné à Habib) : « Ce projet m’a donné l’espoir pour vivre et pour notre famille. Cela me permettra peut être d’aboutir dans ma vie dans trois ans, d’arriver à des résolutions pour mon avenir. ».

Des paroles fortes qui montrent que quelque part, ils ne sont plus les mêmes qui ont quitté la rue. Un pas en avant, puis le deuxième viendra. Voilà toute notre intention avec ce projet de marche.

Hermann, Florent, King et Armel

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