Lola, psychologue volontaire au Bénin

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Lola, étudiante de 24 ans en psychologie à l’Université Libre de Bruxelles, a effectué un séjour volontaire de quelques mois dans les structures de Terres Rouges, au Bénin, durant l’été 2015. Nous lui avons demandé de revenir sur sa première expérience de travail africaine. Dans son témoignage, cette jeune française revient sur le temps qu’elle a passé avec les enfants de la rue, sur ses relations avec les membres de l’équipe et la pratique psycho-sociale mise en place au sein des structures de l’association.

Lola a effectué son bénévolat au Centre Résidentiel, car le travail en institution lui plaît : « Etant donné mon expérience au sein de deux institutions bruxelloises, j’avais envie d’approfondir mes connaissances dans le domaine institutionnel, aussi bien au niveau du fonctionnement, de l’animation et de la réflexion clinique. J’étais également intéressée par le travail approfondi avec les familles et les enfants ».

S’investir dans les structures de Terres Rouges était pour Lola l’occasion d’en apprendre davantage sur la condition des enfants des rues. Cette volontaire a été séduite par certains aspects du travail direct ou indirect réalisé par et avec les membres de l’association : « La composition de l’équipe (travailleurs sociaux, psychologues, assistants sociaux, cuisinières, éducateurs spécialisés et animateurs) dans sa pluralité m’a attirée. J’ai aimé le travail en réseau effectué entre le centre résidentiel, le dortoir de nuit et l’équipe de sillonnage ESEM. Aussi, l’approche théorique et clinique de Terres Rouges correspondait à mes affinités de travail: le fait de ne pas avoir uniquement comme objectif de sortir les enfants de la rue ou de les réinsérer dans leur famille, mais de travailler avec chaque enfant dans sa particularité, sa demande, ce qui lui pose difficulté et ce qu’il envisage pour la suite de sa vie. L’accompagnement, au plus près du milieu de vie de l’enfant (dans la rue, avec les équipes du dortoir et de l’ESEM) ou au centre résidentiel dans un milieu plus protégé m’a également intéressée ».

Lola revient également sur son implication personnelle et professionnelle auprès des jeunes bénéficiaires du Centre Résidentiel, à Cotonou, et sur ce que cette expérience lui a permis d’acquérir : « A travers les différentes activités du centre résidentiel et lors de différents moments du quotidien, j’ai pu échanger avec les enfants sur différentes questions, être au plus proche de leurs histoires de vie, de leurs ressentis et de leurs préoccupations. De plus, j’ai pu m’impliquer dans des entretiens individuels avec la psychologue, avec le référent de l’enfant ou seule lorsque les enfants parlaient français.

Cela m’a permis d’observer l’évolution des problématiques de plusieurs enfants. J’ai également participé aux entretiens avec les familles, aux enquêtes sociales sur le terrain avec l’assistant social et aux réunions d’équipes hebdomadaires. En interagissant avec les différents intervenants et en participant à tous ces moments institutionnels, cela m’a permit d’en apprendre plus sur le travail effectué avec les enfants en situation difficiles et leurs familles, sur la façon de mettre en mouvement les problématiques qui se posent pour chacun d’eux et d’y répondre au mieux. Enfin, j’ai pu mieux comprendre les raisons qui poussent certains enfants à quitter leur maison à un moment donné de leur vie et de comment les accompagner pour la suite. Cette expérience a donc été très enrichissante et m’a permis d’acquérir de nouvelles connaissances aussi bien théoriques que pratiques différentes de celles que j’aurai pu avoir en Belgique et que je vais utiliser pour la suite de mon cursus. »

Pleine de ressources, cette volontaire a mis en place, le temps de son séjour à Cotonou, un atelier peinture, à destination des enfants du Centre Résidentiel. Elle nous parle de ces ateliers, ainsi que l’évolution constatée chez certains jeunes suite à leur participation : « J’animais, avec les travailleurs sociaux, un atelier peinture deux fois par semaine. Les enfants peignaient autour de thèmes différents chaque semaine (par exemple: «la colère», «raconter une histoire» ou «dessiner les personnes que l’on a dans notre cœur»). Après chaque atelier, je prenais un temps avec chaque enfant pour lui demander ce qu’il avait dessiné ou qui il avait représenté. C’était particulièrement intéressant. Certains enfants représentaient des scènes de leur vécu ou des scènes traumatisantes, d’autres représentaient les personnes auxquelles ils tiennent par exemple. Cela a également permit à des enfants de réussir à s’exprimer. Lorsque cela était nécessaire, nous retravaillions ensuite les questions soulevées par le dessin en entretien individuel ».

Cette activité a permis à beaucoup d’enfants de s’exprimer autrement qu’avec la parole, et Lola garde un très bon souvenir de ces séances de peinture. D’ailleurs, elle nous livre une anecdote sur un moment qui l’a marquée : « Mon meilleur souvenir de travail est d’avoir pu contribuer à la réinsertion en famille d’un enfant que nous avions accueilli au centre au début de mon bénévolat. Nous lui avons permis, au fil des jours et du travail avec lui, de mettre des mots sur les situations traumatisantes qu’il avait vécu. A travers l’atelier de peinture, il a également pu, avec le temps, réussir à s’exprimer, ce qui n’était pas le cas au début ».

Enfin, Lola souligne l’enrichissement que cette expérience lui a apporté : «J’ai pu connaitre un pays et des gens merveilleux, accueillants et chaleureux, un autre système social, culturel et familial que le mien, une autre façon de vivre, en matière d’habitudes, de relations, de niveau de vie, d’éducation et de traditions et cela était très enrichissant. Sur le plan personnel, j’ai également appris beaucoup sur moi-même et cela me servira dans mon futur métier. Je n’oublierai pas tous les enfants que j’ai rencontrés à Terres Rouges, de l’histoire cachée derrière chacun de leurs sourires, de leur joie de vivre et de danser malgré les situations qu’ils ont vécues et du travail effectué avec chacun d’eux. Je remercie aussi tous les collègues avec lesquels j’ai travaillé durant ces trois mois pour leur accueil, leur dynamisme et la passion avec laquelle ils exercent leur métier».

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